Virus polymorphe et intelligence artificielle : comment l’IA transforme les cybermenaces

L’intelligence artificielle permet déjà aux entreprises d’automatiser certaines tâches, d’analyser plus rapidement l’information et de gagner en efficacité. Mais les organisations ne sont évidemment pas les seules à profiter de ces nouvelles capacités.

Les cybercriminels aussi s’en servent.

L’IA peut notamment les aider à préparer des campagnes d’hameçonnage plus convaincantes, à rechercher des vulnérabilités, à analyser leurs cibles ou à accélérer le développement de logiciels malveillants. Une évolution mérite particulièrement notre attention : son utilisation pour créer des virus polymorphes et autres logiciels malveillants capables de modifier leur code afin de compliquer leur détection.

Le principe n’est pas nouveau. Les logiciels malveillants polymorphes existent depuis longtemps. Ce qui change avec l’IA, c’est surtout la vitesse et la facilité avec lesquelles certaines de ces techniques peuvent maintenant évoluer.

Qu’est-ce qu’un virus polymorphe?

Un virus polymorphe est un logiciel malveillant capable de modifier certaines caractéristiques de son code sans changer ce qu’il cherche à accomplir.

On peut le comparer à un cambrioleur qui changerait d’apparence chaque fois qu’il tente d’entrer quelque part. Son objectif reste le même, mais il devient plus difficile à reconnaître.

En informatique, cette capacité permet notamment de modifier la signature d’un logiciel malveillant. C’est important parce que certaines méthodes de détection traditionnelles reposent justement sur la reconnaissance de signatures associées à des menaces déjà connues.

Le polymorphisme permet donc à un même logiciel malveillant de se présenter sous différentes formes. Ce n’est pas une invention de l’intelligence artificielle. La technique existe depuis plusieurs décennies.

L’IA peut toutefois permettre d’aller plus vite et d’automatiser davantage le processus.

Comment l’intelligence artificielle transforme-t-elle les logiciels malveillants?

Jusqu’à récemment, lorsqu’on parlait de l’utilisation de l’IA par les cybercriminels, on pensait surtout à des usages assez simples : rédiger un courriel d’hameçonnage, traduire un message, effectuer des recherches ou obtenir de l’aide pour programmer.

On commence maintenant à voir autre chose.

En 2025, le Google Threat Intelligence Group a notamment documenté des logiciels malveillants expérimentaux utilisant directement des modèles d’intelligence artificielle pendant leur exécution. L’un d’eux, nommé PROMPTFLUX, avait été conçu pour communiquer avec un modèle d’IA afin d’obtenir de nouvelles techniques permettant de modifier et d’obscurcir son code.

Il faut garder les choses en perspective : Google précisait alors qu’il s’agissait d’un logiciel en développement qui, dans l’état observé, n’était pas capable de compromettre un appareil.

Mais l’expérimentation est révélatrice de la direction que peuvent prendre certaines cybermenaces.

En 2026, Google rapportait également que des acteurs malveillants expérimentaient avec l’IA pour accélérer le développement de logiciels polymorphes et produire du code visant à compliquer leur détection.

Nous ne sommes donc pas devant des virus autonomes et impossibles à arrêter. L’enjeu est beaucoup plus concret : l’IA permet aux attaquants d’automatiser certaines tâches et de travailler plus rapidement.

Cyberattaques et IA : le véritable changement est la vitesse

C’est probablement là que se trouve le principal enjeu pour les entreprises.

Les cybercriminels n’ont pas attendu l’intelligence artificielle pour rechercher des vulnérabilités, envoyer des courriels frauduleux ou développer des logiciels malveillants. Ils le faisaient déjà.

L’IA leur permet cependant d’en faire davantage, plus rapidement.

Une campagne d’hameçonnage peut être adaptée à différentes personnes. Des informations sur une entreprise peuvent être analysées plus facilement. Du code peut être généré ou modifié plus rapidement. Certaines étapes qui demandaient auparavant beaucoup de travail peuvent maintenant être accélérées.

Dans le cas des logiciels malveillants polymorphes, cette capacité pourrait permettre de multiplier plus facilement les variantes d’une même menace.

Et lorsqu’une menace change constamment d’apparence, simplement chercher à reconnaître un fichier déjà connu ne suffit plus.

Comment détecter un virus polymorphe?

Pendant longtemps, une bonne partie de la protection antivirus reposait sur un principe relativement simple : lorsqu’un logiciel malveillant était découvert, sa signature pouvait être ajoutée aux bases de données des solutions de sécurité afin de le reconnaître lorsqu’il réapparaissait.

Cette approche demeure utile, mais elle ne peut plus être la seule ligne de défense.

Les solutions modernes de cybersécurité cherchent également à comprendre ce qui se passe dans l’environnement informatique.

Un appareil commence-t-il soudainement à communiquer avec une destination inhabituelle? Un compte tente-t-il d’accéder à des ressources qu’il n’utilise normalement jamais? Un programme modifie-t-il un grand nombre de fichiers en quelques secondes?

Même si le logiciel responsable n’a jamais été observé exactement sous cette forme, son comportement peut révéler qu’il se passe quelque chose d’anormal.

C’est notamment le rôle des solutions de détection et de réponse comme les EDR et XDR.

Avec des cybermenaces capables d’évoluer plus rapidement, cette approche devient de plus en plus importante.

Un antivirus est-il suffisant contre les nouvelles cybermenaces?

Non, mais cela ne veut pas dire qu’il ne sert plus à rien.

L’antivirus demeure une composante importante de la protection d’une entreprise. Le problème apparaît lorsqu’il représente pratiquement toute la stratégie de cybersécurité.

Aujourd’hui, la protection doit reposer sur plusieurs mesures qui se complètent.

L’authentification multifacteur et une bonne gestion des accès permettent par exemple de limiter les conséquences lorsqu’un mot de passe est compromis. Les mises à jour et la gestion des correctifs réduisent le nombre de vulnérabilités pouvant être exploitées. La surveillance permet de repérer plus rapidement une activité inhabituelle, alors que les sauvegardes offrent une protection supplémentaire lorsqu’un incident survient.

Et il ne faut pas oublier les employés.

L’IA permet aussi de créer des communications frauduleuses beaucoup plus crédibles qu’avant. Les fautes grossières et les courriels maladroits qui permettaient parfois de reconnaître facilement une tentative d’hameçonnage ne sont plus toujours au rendez-vous.

La sensibilisation à la cybersécurité reste donc essentielle.

L’intelligence artificielle aide aussi à renforcer la cybersécurité

Il serait toutefois trompeur de présenter l’intelligence artificielle uniquement comme un nouvel outil entre les mains des cybercriminels.

Les équipes de cybersécurité l’utilisent elles aussi.

L’IA peut aider à analyser une quantité considérable de signaux, à identifier des comportements inhabituels et à accélérer l’analyse d’un incident. Elle peut également aider les spécialistes à établir des liens entre différentes activités qui seraient beaucoup plus difficiles à repérer manuellement.

En juin 2026, Microsoft indiquait par exemple avoir utilisé l’IA dans une opération visant des infrastructures cybercriminelles. L’analyse assistée par l’IA avait permis d’accélérer l’étude de logiciels malveillants et de mettre en évidence des liens entre différentes infrastructures, contribuant à la perturbation de plus de 200 serveurs de commande et contrôle.

Les outils évoluent donc des deux côtés.

Et c’est probablement la meilleure façon de regarder ce qui se passe actuellement : l’IA ne change pas les fondements de la cybersécurité, mais elle accélère considérablement le jeu.

Comment protéger votre entreprise contre des cybermenaces qui évoluent avec l’IA?

Les virus polymorphes existaient avant l’IA. L’hameçonnage aussi. Tout comme l’exploitation de vulnérabilités et le vol d’identifiants.

Ce qui change, c’est la capacité des cybercriminels à automatiser certaines tâches, à adapter leurs méthodes et à agir plus rapidement.

Pour les entreprises, la réponse n’est donc pas de chercher une nouvelle solution qui promet de bloquer toutes les « attaques propulsées par l’IA ». Elle consiste d’abord à vérifier si les fondations de leur cybersécurité sont solides.

Est-ce que les accès sont bien contrôlés? Les systèmes sont-ils à jour? Les appareils sont-ils surveillés? Les comportements inhabituels peuvent-ils être détectés rapidement? Les employés savent-ils reconnaître une tentative de fraude qui semble parfaitement crédible? Et surtout, l’entreprise saurait-elle quoi faire demain matin si une attaque réussissait malgré tout?

Ce sont des questions qui étaient déjà importantes. Avec l’IA, elles le deviennent encore davantage.

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